L'art du Carnet de voyage <br/> de 1800 à nos jours

L’exposition « L’art du carnet de voyage de 1800 à nos jours » organisée au Musée de La Poste du 20 avril au 12 septembre 2009 se propose de faire découvrir plus de 50 artistes et plus de 400 pièces de collection.

"Ces voyageurs qui dessinent" par Yvon Le Corre

Rien n’est plus intime, rien n’est plus personnel, rien n’est plus hasardeux, surprenant, qu’un carnet tenu par un dessinateur qui voyage.

D’abord, n’est-ce pas son rapport au monde, bien à lui, qui le fait s’exprimer ? Attitude certes réconfortante pour le voyageur isolé car "Dans une vie faite d’incertitudes, ils (les mots, les dessins) aident à se situer, voire à se rassurer. Le geste de dessiner, en faisant "rentrer" dans ce que l’on regarde, donne une sorte de dilatation à l’intensité du moment ". J’écrivais ceci en conclusion d’un livre de 260 pages où je relatais 40 années de vagabondages maritimes en 1996.

J’avais toujours dessiné. Je suis obligé de parler de moi car un "carnet de voyage" ne peut ressembler à un autre, chaque individu ne peut parler que de son expérience.

© Christophe Merlin – Inde, 2002
© Christophe Merlin – Inde, 2002

Parlant de cette voie, de cette obstination à dessiner : "les dessins jouent sans aucun doute un rôle sur ce dernier point. Ils sont quelquefois le lien qui fait tenir debout un faisceau d’éléments, par exemple dans Les tavernes d’Alcina : des mois à pied au Portugal, pendant plusieurs saisons […] pour le bonheur de découvertes intimes et inouïes" Oui, car il s’agit d’aller lentement, de retenir sa vie pour que l’exprimé soit le plus pointu possible.

© Damien Roudeau – Carnet de voyage « Les musiciens du métro parisien », 2008
© Damien Roudeau – Carnet de voyage « Les musiciens du métro parisien », 2008

Et de là, l’Homme devient le centre. "Etre ému des regards (y compris lorsqu’ils expriment la haine), des écrits, des créations mais aussi des outils, des modes de vie […] et pour aller par le vaste monde, comme ça, il fallait une bonne dose d’inconscience mais j’y allais, et c’est sans doute une grande simplicité de simple qui m’a aidé à tenir debout malgré les coups reçus, les incarcérations, les rejets". Car il ne faut pas oublier que dans ce défit tranquille, de s’asseoir, rester dans un lieu (pour dessiner) les autorités voient cela comme une provocation : nous sommes si peu conventionnels ! mais quel bonheur aussi quand les centaines de dessins mis sous le nez d’un colonel, d’un juge ou d’un salopard peuvent faire revirer une situation. J’ai connu tout cela.

Evidemment notre engagement est total et nous ne faisons pas partie de ces hordes qui "font" la Thaïlande en 15 jours avec le billet d’avion de retour en poche. Certains pourtant, en reviennent avec des photos, qui, copiées en dessin, feront de jolis carnets de voyage ! Non pour témoigner c’est des mois, de la lenteur, rentrer dans le cycle local et revenir avec 800 à 900 dessins tous pris sur place, devant le motif et pas retouchés : l’authenticité est à ce prix et notre bagage le plus lourd est encore notre matériel d’artiste.

Il est évident qu’à force de porter son regard sur le monde, une esquisse de compréhension se fait jour. Tout en découvrant les chemins ténus d’amitié de rencontre (l’Homme est partout le même) on est témoin de haines, de violences, des veuleries des politiques, de la force du fric, des mensonges colportés par les idées toutes faites. Mes livres dérangent quelquefois, il y en a eu de supprimés brutalement des ventes car je joue le même jeu que "tous ces poètes, tous ces chanteurs qui refusent de se taire quand il est urgent de dire". Le livre est espace de liberté et doit le rester.

Herrenschmidt

© Noëlle Herrenschmidt - Carnets de prisons 16 - La cour de promenade de la maison d’arrêt de Osny, 16 juillet 1996, 15h45 - 32x41

Et de là se tisse une philosophie : " je suis parti courir le monde plutôt que cultiver mon potager ou bien amasser de quoi être un grand-père prodigue. Je veux partager la joie profonde de ceux qui ne cherchent pas à posséder ou tout au moins à accaparer. Le fait de voir, Voir, cela me suffit ". Et ce que l’on vous propose, lecteur, au bout de bien des mois, quelquefois des années - et des chaussures éculées – est tout cela mis à bout, si possible dans notre respiration propre et avec honnêteté. On ramène des trésors, par la grâce de notre oeil, notre coeur et notre main habile. "Ce que je cherche est donc ce qui ne peut être dérobé à personne : son bonheur à créer son quotidien. C’est ceux là que je veux rencontrer, voir et écouter, ceux qui savent la richesse du peu-juste-à-sa-place, cette forme de pauvreté synonyme de liberté […] c’est là peut-être une recherche rassurante face à un monde qui aliène et détruit, mais n’est ce pas un réflexe d’artiste que de pénétrer les choses les plus simples pour redécouvrir un sens à la vie ?"

Toutes ces citations sont du même livre ("les outils de la Passion") mais je ne doute pas que nombre de ceux qui courant le monde, un carnet de dessins sous le bras, s’y retrouvent. Et au diable donc l’uniformité de nombre de ces livres "carnets de voyage" que l’on voit fleurir comme une industrie, ainsi que ces fameux "cours" qui prétendent apprendre l’Art du carnet de voyage !
Je ris de tout cela, car la vie est carrément ailleurs.

A Alexandrie, ce vendredi 13 février 2009.

INFORMATIONS PRATIQUES
Musée de La Poste
34 bd de Vaugirard
75015 Paris
Tél : 01 42 79 24 24
reservation.dnmp@laposte.fr
Accès métro : Montparnasse-Bienvenüe
Ouvert tous les jours
sauf dimanche et jours fériés
Horaires d’ouverture : de 10h à 18h
Tarif : 5 € - Tarif réduit : 3.50 €
Gratuit pour les moins de 26 ans
www.museedelaposte.fr



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